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8
Juil.
2022
Interview : « Nos travaux montrent une élimination de plus de 99% des microplastiques »

Des articles scientifiques de plus en plus nombreux ont montré la présence de particules de plastique dans l’eau. Le SEDIF a souhaité connaître l’efficacité de ses filières de traitement vis-à-vis de cette pollution. Il s’est adressé à l’équipe du LEESU - Laboratoire Eau, Environnement et Systèmes Urbains de l’Université Paris Est - Créteil et de l’École des Ponts ParisTech, reconnue pour son expertise dans ce domaine.

Johnny Gasperi, ancien chercheur au LEESU, aujourd’hui directeur de recherche à l’Université Gustave Eiffel, nous donne des précisions sur cette étude.


Vous avez réalisé pour le SEDIF une étude sur la présence de microplastiques dans l’eau distribuée, pouvez-vous nous expliquer comment s’est organisée cette étude ?

L’étude, qui a duré deux ans, avait pour objectifs de suivre la présence de microplastiques le long des filières de potabilisation et d’évaluer leur efficacité à les éliminer. Nous nous sommes intéressés au devenir de cette pollution depuis la ressource jusqu’à l’eau distribuée au robinet des usagers. Trois usines du SEDIF traitant les eaux de la Seine, de la Marne et de l’Oise ont été étudiées, dont l’usine de Méry-sur-Oise équipée en nanofiltration. Certains points du réseau de distribution ont été également étudiés pour évaluer si une éventuelle recontamination au sein du réseau était possible. Pour être représentatif et pouvoir détecter les microplastiques qui sont présents à des faibles niveaux dans les eaux distribuées, des échantillons d’un volume important (de l’ordre de 500 litres) ont dû être prélevés.


Les cours d’eau d’Île-de-France sont-ils particulièrement contaminés ?

Ils sont contaminés, malheureusement, mais comme les autres cours d’eau en Europe ou à travers le monde. Pour vous donner quelques ordres de grandeur, on retrouve entre 7 et 50 particules de microplastique par litre d’eau, dont la taille est supérieure à 25 µm. Ces niveaux fluctuent fortement selon le débit de la rivière. On retrouve essentiellement des fibres textiles et des fragments de diverses formes (film, sphère, formes irrégulières, etc.). Les polymères les plus abondants sont le polypropylène, le polyéthylène et le polystyrène. Il est particulièrement difficile d’attribuer une origine précise à ces polymères car ces derniers sont utilisés dans de très nombreux secteurs industriels et économiques.


Et les filières des usines de production d’eau potable du SEDIF sont-elles performantes pour arrêter les microplastiques ?

Oui, totalement ! Nos travaux montrent une élimination, quelle que soit la filière de traitement, de plus de 99% des microplastiques. Alors qu’on parle de concentrations de l’ordre de la dizaine de microplastiques par litre pour la ressource, les concentrations sont inférieures à 0,25 microplastique par mètre cube en sortie d’usine de potabilisation. Des niveaux extrêmement bas ! Si on considère que l’on consomme 2 litres d’eau potable par jour, les niveaux d’ingestion de microplastiques via l’eau sont très très faibles comparativement à ce que l’on peut ingérer via l’alimentation. Et extrêmement faibles en comparaison de ce que l’on retrouve dans l’air et qui se dépose sur votre assiette au cours de votre repas.


Avez-vous observé une différence entre les filières conventionnelles et la filière membranaire de Méry-sur-Oise ?

Qu’il s’agisse des filières conventionnelles ou de la filière membranaire mettant en œuvre la nanofiltration, les niveaux de microplastiques dans les eaux produites sont très faibles. Et dès lors que ces niveaux sont faibles – parce qu’on s’approche des limites de nos méthodes –, il est parfois difficile de mettre en évidence une différence. Les premiers résultats – qui doivent être confirmés – suggèrent cependant que des concentrations plus faibles sont observées en sortie de nanofiltration.


Observez-vous une différence d’efficacité du traitement de potabilisation selon la taille des microplastiques ?

Sur les usines de potabilisation du SEDIF, ce que nous avons observé, c’est que les microplastiques dans l’eau distribuée sont dans l’ensemble plus petits que ceux retrouvés dans la ressource ou les premières étapes de traitement. On peut illustrer ça par exemple avec les données sur l’usine de Choisy-le-Roi: si en entrée d’usine plus de 80% des particules observées sont de taille supérieure à 100 µm, en sortie cette catégorie représente moins de 35% des particules.


Et l’eau mise en distribution peut-elle de nouveau se charger en microplastiques lors de son transport vers les habitations ?

Dès lors que l’eau produite transite via un réseau de distribution composé, pour partie, avec des matériaux plastiques, oui cela est possible ! Nos résultats sur le réseau de distribution, bien que préliminaires, ont montré une légère augmentation des concentrations en microplastiques dans l’eau, par rapport à la sortie d’usine. Mais elle est étonnamment très faible!


Avez-vous pu comparer les résultats de votre étude sur l’eau du SEDIF  avec d’autres études ? L’eau du SEDIF est-elle parmi les plus sûres ?

Au regard des études bibliographiques disponibles dans quelques pays européens comme l'Allemagne, les résultats obtenus sur les usines du SEDIF sont conformes à ce que les autres études observent, qui témoignent toutes, de manière générale, d’une très bonne qualité de l’eau du robinet quant à la contamination des microplastiques. Notre message-clé : dès lors que l’on parle de pollution par les microplastiques, vous pouvez boire sans crainte l’eau du robinet !


Interview à retrouver dans le magazine Inf'Eau de juillet 2022.


Johnny Gasperi


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