Vers une eau pure, sans calcaire et sans chlore : le projet OIBP

En 2021, le SEDIF finalise son XVIème plan d’investissement sur 10 ans, pour intégrer le traitement par Osmose Inverse Basse Pression. L’OIBP est un procédé de traitement de l’eau par filtration extrêmement fine, qui permettra à terme, d’obtenir une qualité de l’eau inédite.  

S’inscrivant dans le projet « Vers une eau pure, sans calcaire et sans chlore », l’objectif du service public de l’eau est de renforcer la maîtrise du risque sanitaire en éliminant encore plus de micropolluants présents dans les ressources en eau, de satisfaire les usagers en améliorant le goût de l’eau par la réduction, voire la suppression du chlore au robinet, et en réduisant la dureté de l’eau.

Les résultats pour l’année 2020 des indicateurs prévus par l’arrêté du 2 mai 2007 relatif au prix et qualité des services publics d’eau potable issus du contrôle règlementaire mettent en évidence sur les eaux distribuées des pourcentages de prélèvements 100% conformes aux limites de qualité bactériologiques (P101-IP n°2) et aux limites de qualité physico-chimiques (P102-IPn°3), comme en 2019 et en 2018.

Cependant, de nouveaux micropolluants sont sans cesse détectés tant dans les rivières d’Ile-de-France que dans les nappes souterraines et la nouvelle directive européenne du 16 décembre 2020 exige le suivi d’un ensemble de molécules micropolluantes, dont des perturbateurs endocriniens.

C’est pourquoi le SEDIF s’oriente vers l’insertion d’une étape de traitement membranaire de type osmose inverse basse pression sur ses usines de production (Choisy-le-Roi, Neuilly-sur-Marne et Arvigny), procédé le plus efficace pour produire une eau potable quasiment exempte des molécules indésirables présentes dans les ressources en eau.

Cette technologie consiste à filtrer l’eau au travers d’une membrane percée de pores extrêmement fins, qui empêche le passage de la plupart des molécules. La partie de l’eau prélevée dans la ressource qui ne peut franchir la membrane (environ 10 à 15% du volume prélevé) est rejetée dans le cours d’eau, avec les molécules retenues par la membrane. En termes de volume prélevé net, le projet n’entraînera donc pas de modification de la situation actuelle.

100 € d’économies par foyer et par an

Ce projet, sous réserve de son acceptation par les instances, n’a du sens que s’il est analysé à une échelle pertinente. La mise en place de l’OIBP générera en effet des bénéfices sur la durée pour les usagers et pour l’environnement.

En contrepartie du prix payé pour le service rendu par le service public de l’eau, l’usager bénéficiera d’économies sur son budget. Ces économies ont été estimées à 100 € nets par an (estimation issue de l’étude Deloitte) pour un foyer moyen (2,3 personnes en Ile-de-France,) c’est-à-dire environ 40 €/an par habitant. Principaux postes économiques :

  • Moindre renouvellement des équipements utilisant de l’eau chaude (chaudières, cafetières, etc.)
  • Moindre consommation d’énergie des équipements chauffant l’eau
  • Moindre utilisation de détergents de toutes natures
  • Meilleure confiance dans l’eau du robinet comme eau de boisson (propension à limiter la consommation d’eau en bouteille)
  • Apports principaux pour l’environnement :
  • > Des consommations d’électricité en plus dans les usines, largement compensées par les économies induites pour les ménages,
  • > Moindre consommations, et rejets, de détergents et produits ménagers, impact sur les bouteilles plastiques pour les consommateurs d’eau en bouteille.

Ce projet redémontre un principe souvent évident : il est généralement plus porteur et moins coûteux de traiter collectivement un sujet, plutôt que de façon individuelle, dans chaque foyer, par la démultiplication d’appareils qui deviendront inutiles (adoucisseurs, carafes filtrantes, surconsommation de détergents, …).

Les avancées en 2020

Les études de faisabilité achevées pour Choisy-le-Roi et Neuilly-sur-Marne

En novembre 2020, la synthèse des études de faisabilité réalisées pour l’insertion d’un traitement membranaire sur les usines de Choisy-le-Roi et Neuilly-sur-Marne a été présentée au Bureau du SEDIF.

L’objectif pour chaque usine est de pouvoir distribuer jusqu’à 400 000 m3/j d’une eau très douce (titre hydrotimétrique de 8 à 10°f), de qualité exceptionnelle qui pourrait permettre à terme de supprimer ou de réduire fortement la chloration en réseau de distribution.

Les chiffres clefs du projet
 
Usine de Choisy-le-Roi
Usine de Neuilly-sur-Marne
Objectif d’adoucissement
TH = 8 à 10°f
TH = 8 à 10°f
Objectif de production
400 000 m3/j
400 000 m3/j
Rendement hydraulique mini
85%
85%
Volume restitué à la rivière
40 à 50 000 m3/j
40 à 50 000 m3/j
Capacité maximale des usines
600 000 m3/j
600 000 m3/j

La mise en service est prévue pour 2030.

Le fonctionnement des futures unités membranaires engendrera des travaux de construction, un programme de sécurisation de l’alimentation électrique haute tension des usines prévoit la création d’une double alimentation en 225 kV par le fournisseur d’énergie RTE.

La continuité d’alimentation sera assurée pour un scénario de crue R 1,15 (115% du débit de crue centennal).

Les travaux de construction des unités membranaires sont estimés au total à environ 800 M€ HT pour nos 3 usines principales.

Lancement du comité d’experts « Eau sans chlore »

La distribution d’une eau sans chlore est une démarche novatrice en France ! Pour relever ce défi, le SEDIF a mis en place un comité d’experts « Eau sans chlore » regroupant des universitaires français et étrangers, des maîtres d’ouvrages pratiquant l’eau sans chlore (Grenoble et Waternet aux Pays-Bas) et des institutionnels français (DGS, ARS, AESN). Le rôle de ce comité repose sur le partage des connaissances et des expériences pour définir les conditions nécessaires à la distribution d’une eau sans chlore. La 1ère réunion tenue en visioconférence en français et en anglais le 26 novembre 2020 a été un succès. Le SEDIF a présenté ses filières de traitement et son projet qui a soulevé de nombreuses questions. Les prochaines réunions, permettront à plusieurs exploitants de présenter un retour d’expérience « eau sans chlore » et débattre des programmes d’études à lancer.